L’imposteur de Cerca(s)

République, il est 9.10 minutes. La ratp dispense avec parcimonie ses métros à cette heure de pointe et, avec quatre à cinq minutes entre chaque train, la cohue est évidemment à son maximum. Je me glisse difficilement, façon sardine dans sa boîte, dans une intime étreinte avec la porte, qui me le rend bien. Vous êtes déjà là, debout entre les sièges. De taille moyenne, vêtue globalement de noir, qui ne vous va pas mal, le visage fin qui surgit d’une écharpe épaisse aux tons violets. Derrière des cheveux bruns mi longs on distingue des traits raffinés et attentifs derrière la lassitude de la foule. Votre regard erre vaguement sur ma personne compressé, même pas compatissant. Et je ne vous en voudrai pas.

Après quelques stations et d’improbables mouvements de foule relevant du rubik’s cube, je suis à mon tour assis dans le carré opposé au vôtre. Vous y lisez le dernier roman de Cercas, que j’affectionne aussi. Je détaille votre profil concentré, devine ce regard abrité entre les lignes. A côté de vous, une dame plus âgée teinte en blonde est plongée dans des lignes d’eau de rose, mais elles directement dans la langue de Cervantes. Curieuse coincidence. Peut être l’évoquerez vous avec elle lorsque vous échangerez quelques paroles amusées après vous être péniblement extirpées du wagon à Invalides.

Vous avez de ce charme discret mais puissant qui peut être entêtant. Malgré la discrétion, malgré la foule, vous aurez fait votre victime du jour. J’aurais bien été l’imposteur entre vos mains. De más cerca(s).

    Détails

  • Métro8à République.
  • Une rencontre faite le 21 avril 2017.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le vendredi 21 avril.

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