Portrait(s) #6
Il s’en est passé des jours. Des jours à accumuler des faces de métro sans les délivrer sur cette plateforme anonyme. Rattrapage.
Pot pourri qui sent bon:
- Un garçon qui semblait avoir été peint par Otto Dix mais avec des Stan Smith blanches;
- Cet étudiant aux lunettes rétro qui relisait sa copie. 4/20, c’est quand même dur à avaler…
- Un moustachu m’a lancé un grand sourire à travers la vitre parce que nos métros, arrêtés pile en même temps, improvisaient un tête à tête éclair;
- L’élégante dame qui se maquille en route avec une dextérité toujours impressionnante;
- Ce jeu de portable avec des numéros que vous déplacez dans tous les sens. Je n’y comprends toujours rien;
- Deux copines capable de réciter “terminus de ce train” en anglais, chinois, espagnol et allemand
Et puis ce soir, vous m’avez regardé avec insistance. Et comme nous avons fait le même changement vous avez continué de le faire en fronçant les sourcils.
J’ai froncé aussi, je me suis dit “Misère ! je suis découverte !”. Et puis après je me suis souvenue que je n’étais pas Gossip Girl, que j’étais lu par environ 10 personnes et que rien ne pouvait indiquer que c’était moi…
Bref la réalité c’est “juste” que nous nous sommes déjà croisés sur cette même ligne, dans ce même wagon et sûrement à cette même place. Un emplacement mûrement étudié et calé au fil des semaines afin d’être le plus efficace et le plus rapide à l’entrée comme à la sortie… dans le métro chaque pas compte.
Vu sous cet angle, ça n’a rien d’hollywoodien, mais le hasard qui nous a réunis une nouvelle fois parmi les centaines de voyageurs c’est peut-être l’Exceptionnel du Réel.
- Métro8à Reuilly — Diderot.
- Une rencontre faite le 5 décembre 2016.
- Rédigé par une femme pour un homme.
- Publié le mardi 6 décembre.