Manspreadinf

« Tous les matins, je m’oblige à deux choses : me brosser les dents et m’étirer les adducteurs. Et encore, les dents, c’est vite fait si tu vois ce que je veux dire. Les adducteurs, par contre, j’y coupe jamais. C’est un long et minutieux entraînement pour entretenir l’élasticité de mes cuisses. À quoi que ça me sert ? Là par exemple, on est dans le métro. Je suis capable d’occuper trois places à moi tout seul en écaaaaartant mes cuisses comme les eaux de la Mer Rouge. Quand y en a seulement deux côte-à-côte, je rogne sur le couloir pour que les gens, y soient obligés de m’enjamber pour passer. C’est encore plus marrant en heure de pointe. Je suis le Jen-Claude Van Damme des lignes 1 à 14.

Tiens, v’là une femme qui veut se mettre à côté de moi. Qu’est qu’y lui prend à celle-là, elle voit pas que je fais prendre l’air à… enfin, tu vois ce que je veux dire. Je lui lance un regard noir, genre « tu crois vraiment que je vais te laisser un demi-millimètre ? » mais elle insiste. « Pardon » qu’elle me dit. Quoi, elle était pas bien debout, coincée entre la barre du métro et l’aisselle du mec qui la serrait ? Comme je suis dans un bon jour, je me déplace leeeentement et en soufflaaaant, histoire qu’elle comprenne qu’elle me fait bien chier. Elle sera bien contente d’avoir son quart de siège. Elle s’assoit quand même. Pendant tout le trajet, je vais jouer à va-comme-je-te-pousse pour regagner l’espace perdu. Tu vas voir, petite, tu vas te retrouver les quatre fers à l’air dans le couloir. Fallait pas faire chier bibi, espèce de… enfin tu vois ce que je veux dire.

Une troisième personne arrive. Je lève pas les yeux, ça va la décourager. Elle croit quoi, que je vais occuper un seul siège ? Sans un mot, elle force le passage. Je vais lui dire « tu peux pas faire attention » avec le froncement de sourcils réglementaire quand, en levant les yeux, je réalise que c’est un mec. Pas n’importe lequel : le croisement entre Robocop et le Terminator. OK, je te laisse de la place, bonhomme, on va pas faire la guerre. Le gars, tu vois pas qu’il se met à faire valdinguer mes cuisses d’une pichenette. Je suis limite en position du fœtus tellement il prend de la place. Y se croit sur le canapé chez lui devant un match de foot ou quoi ? Manque plus que la bière et les chips. Je détourne la tête histoire de pas le voir se gratter les couilles devant le match invisible quand je vois le reflet de la dame de tout à l’heure. Elle sourit en croisant mon regard. »

C’était 5 minutes dans la peau d’un gros connard adepte du manspreading

    Détails

  • Métro1à Gare de Lyon.
  • Une rencontre faite le 25 juillet 2017.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le mardi 25 juillet.

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