Jaurès

Jaurès, 2 heures du matin. Direction Place d’Italie.

Je suis épuisé. Je suis vautré sur les bancs et je peste contre l’humanité toute entière.

J’ai pourtant bien bosser, concerts au point F, j’ai plutôt kiffer ma soirée, mais dès que c’est fini, la réalité resurgit.

Quelqu’un vient s’asseoir à côté.OK. Pourquoi pas. Aucune envie d’avoir de la compagnie, mais bon, Ok,

Je détourne le regard 2 secondes et continue mes psalmodies.

Et puis j’entends, “tu veux de l’eau ? ”

Je tourne la tête et tu me tends une bouteille. Je réponds un truc du style non, c’est gentil non, garde là, alors que je suis complètement déshydraté…

Je finis par accepter.

Voilà c’est un peu près tout, je veux j’ter la bouteille, tu la gardes, au cas où…

Ta compagnie est étrangement agréable et je sais pas pourquoi, y a un truc super naturel chez toi qui me fait un bien fou.

Tu es juste assise là à attendre le métro et je suis à côté. Tu m’as proposé de l’eau. Rien d’extraordinaire.

Le métro arrive et je commence à stresser, je sais que ça va être un moment décisif. Je reste aussi naturel que possible, je me presse pas, tu montes, tu t’asseois sur la gauche, je regarde la place à côté de toi qui me tend les bras, mais je vais m’asseoir en face, histoire de mettre bien de la distance…! ou histoire de te voir , je sais pas

J’ai créé ce face à face, je sais pas trop pourquoi… et à la minute où je suis en face de toi, je me demande pourquoi je m’suis pas assis à côté et je passe mon temps à ne pas oser venir m’asseoir .Enfin pas vraiment pas oser, je laisse le truc en suspens, c’est comme si c’était déjà trop tard…

Du coup le voyage est un peu foireux.

Face à face, pratique pour se voir, au cas où ce s’rait la dernière fois, mais pas évident pour se parler, un peu loin, la distance, les gens entre nous, pas top

Je dis quand même pour garder le contact :

- c’est les gens qui m’fatiguent, il doit trop y en avoir…

- pourtant il est 2 h du mat,

En même temps on s’connait,pas, j’vais pas v’nir me planter à côté d’toi parce que tu m’as passé d’l’eau, bref, ça devient très compliqué, pas du tout le truc du début, ça m’énerve, je sens que j’ai saboté l’truc, le temps qui passe et austerlitz qui se rapproche .Parce que le seul truc qu’on sait, c’est que tu vas à Place d’Italie et que je m’arrête à Gare d’Austerlitz, c’est injuste, mais en quelque sorte c’est à moi que revient la décision, je sais j’en fais des caisses, tout ça pour une bouteille d’eau…

Je m’ dis qu’de toute façon c’est comme ça, c’est la vie, on se croise une fois dans le métro et c’est fini,y a rien d’extraordinaire et puis je me la joue romantique pour le final, c’est débile, je descends en te sortant un truc foireux du genre, merci tu m’as sauvé la vie,, et je sors du métro, je croise ton regard, et je vais m’asseoir 3 marches plus loin en regrettant tout ce que je n’avais pas fait et pas dit.

Depuis je n’arrête pas de me demander ce qu’aurait été ce voyage si je m’étais assis à côté.

Et je me dis pourquoi y a-t-il un si après chacun d’mes choix ?

Peut-être parce qu’il y en a toujours un avant ?

Alors je me dit putain d’merde mais pourquoi je regrette systématiquement tout ce que je fais ?

Alors que c’est peut-être ce que je ne fais pas que je regrette.

Bref je m’prends l’chou, ça m’gave,

la rencontre était vraiment chouette et j’ai l’impression de l’avoir saboter.

Donc voilà comme tous ces crétins que je déteste, je poste ce vieux message au cas où

si un jour t’as envie qu’on reprenne le métro ensemble, tu viens avec de la flotte, sur le quai de jaurès, ou place d’it si ça t’arrange, on s’asseoit sur un banc tranquille, on monte dans une rame et on voit c’qui s’passe.

Voilà. Antoine

    Détails

  • Métro5à Jaurès.
  • Une rencontre faite le 24 mars 2018.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le dimanche 25 mars.

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