Le quai d’en face

Etrange phénomène …

On prend le train tous les matins, pour aller gagner son pain. Et de nos jours, le plus souvent c’est de la miche industrielle, fruit de boulangers peu professionnels qui à chaque coin du rue, vendent la même “bannette” ou “tradition”, qui n’a plus de traditionnel que le nom. Paris …

L’esprit vide, on attend sur le quai que notre habituel wagon nous emporte une fois encore jusqu’à ces lieux de perdition où le temps inexorable s’écoule, quelle que soit la saison, toujours dans la même direction, jusqu’à la fiche de paie tant attendue.

Les mois s’enchainent. Les traits se tendent. La peau se ride. On transite comme des pantins en attendant les vacances, cette “grande évasion” dont le succès n’a d’égal que la vaine répétition.

Et puis un beau matin, on déboule sur son quai, déjà épuisé, se passant la main sur le front pour en écarter un peu les nuages. Et on avise sur le quai d’en face une femme ou un homme qui nous observe. Dans mon cas, c’était une femme, mais je généralise, car je ne suis surement pas le seul a qui ça arrive !

On rend son regard à l’autre. C’est humain. On s’interroge. Elle / il a un physique agréable. Parmi la foule qui continûment s’écoule, qu’est-ce qui a attiré son attention sur notre pauvre personne ?

Que s’est-il passé ? Que se passe t-il encore ?

On s’éloigne, par habitude, pour gagner cet endroit où toujours on attend que son wagon s’arrête. Et néanmoins, on reste intrigué par ce qui vient de se passer.

On tend donc le cou au loin, de temps à autre, pour guêter à la dérobée cette personne, qui nous fit la grace de poser sur nous, peut être par hasard, ce singulier regard. Et de loin, toujours, on se dit qu’elle n’était pas dépourvue de grace.

Chacun reste sur son quai néanmoins. La routine prévaut et nos trains qui se croisent nous entrainent aux antipodes.

Quiproquo ? Événement ? La ratp conclut pour nous, finalement.

Mais secrêtement, on en vient à rêver de croiser à nouveau cette personne. On voudrait que l’éphémère revienne chaque jour, nous sauvant de cette routine à laquelle nous nous sommes nous mêmes enchainés.

Si l’un de nous agissait pour faire du songe une réalité, comment le prendrait l’autre ?

Il parait que “le plus long des voyages commence par un premier pas”. Pourtant la plupart ne le feront pas, empêchés par cette tranchée qui nous sépare. Et je ne parle pas là juste des deux voies et des escalators qui s’interposent.

    Détails

  • RERaà Nation.
  • Une rencontre faite le 4 septembre 2018.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le mardi 4 septembre.

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