Trois couleurs, rouge

RER B, matin pluvieux, au cœur des confluences lutéciennes, médiane névralgique où tant de destinées filent vers leur occupation septentrionale.

Absent à moi-même, comme à chaque fois que je suis contraint à ces trajets sans saveur, mon œil repère ton manteau rouge à côté de moi, vraiment tout près, plus peut-être que l’occupation de la rame ne le voudrait. Je te dis tu, hein, puisque je suis certain que tu ne me liras pas et ne t’offusqueras pas de ce tutoiement de désœuvrement. Je te regarde à la dérobée, tout éberlué de nos étoffes qui se frôlent, je redescends pour habiter à nouveau mon corps et retrouver le sens vrai du verbe “sentir”. Ton manteau t’allait à ravir, comme si le prêt-à-porter était à ta mesure.

Je ne sais pas si j’ai rêvé ou si ces instants étaient insérés dans la trame du réel. Je sais juste que ta furtive apparition m’a recuit dans un bain de tendresse et a suspendu quelques instants le vol de mon esprit. Je n’ai pourtant pas pour habitude d’être un croisé du métro…

Le poncif de la bouteille à la mer est bien éculé et a vécu. Mais sur le rivage, Kafka confie tout de même son message aux tuyaux du grand réseau.

    Détails

  • RERbà Luxembourg.
  • Une rencontre faite le 14 mars 2019.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le jeudi 14 mars.

Répondre

Vous devez vous identifier pour pouvoir répondre à cette annonce.